La production et la vente d’huile d’argan au Maroc

L’huile d’Argan bio est maintenant bien distribuée en France, ses usages cosméti-ques et alimentaires font le bonheur  des consommateurs. Peu de gens connaissent en revanche comment se déroule la production et la commercialisation de l’huile, et quels sont les critères de qualité d’une bonne huile d’Argan.

La production de l’huile d’argan biologique.

Il faut 30 kg de fruits séchés et deux jours de travail pour une personne pour faire 1 litre d’huile d’Argan bio. Le fruit est récolté sec entre juin et août, puis stocké. Un double décorticage est nécessaire pour arriver à l’amandon qui sera presser. 
La particularité de l’affiache (fruit de l’arganier) réside dans ses écorces. La première, semi-dure (la drupe) ressemble à un pruneau sec, est facile à décortiquer. La deuxième, 10 à 15 fois plus dure qu’une coque de noisette, est lisse et rigide. Son éclatement demande beaucoup de doigté pour ne pas écraser l’amandon avec la coque et les doigts car tout est fait à la main. Les outils sont simples : une pierre plate dure et un galet. L’on obtient de un à trois amandons que l’on ne doit pas briser pour ne pas avoir une huile oxydée. Rendement moyen : 1,2 kilo d’amandons par jour, soit deux jours pour faire un litre d’huile d’Argan Bio.

Les recherches pour la fabrication d’une “casseuse d’amandes” ont été finalisées depuis peu. Une machine est au point Ces machines n’ont pas le doigté des femmes et les amandons d’argan qui en sortent sont abîmés, d’où une production d’huile ayant un peroxyde pouvant être élevé. De plus, la crainte d’une perte de travail pour les femmes se profile à l’horizon. Ce désir de rentabilité est très controversé par les femmes dont c’est la principale source de revenus.

Huile d’argan, cosmétique ou alimentaire ?

Notre huile d’argan bio se décline en deux versions : amandons crus ou toastés.
L’huile d’argan bio d’amandons crus est naturellement riche en tocophérol (provitamine E) et en insaponifiables. Elle est reconnue pour ses propriétés régénérantes du derme. Les vertus hydratantes et anti-inflammatoires de l’huile d’argan bio ont été mises en évidence par de nombreuses études scientifiques. Elle fait partie intégrante de la cosmétique du sud-ouest du Maroc.
L’huile d’argan bio issue d’amandons toastés est caractérisée par son goût de noisette facilement identifiable. Elle s’invite volontiers à votre table. C’est une huile condimentaire qui ne se cuit pas. Elle se rajoute sur un couscous, un tagine, un poisson grillé et très simplement sur une salade de tomates à la coriandre par exemple. Sa grande richesse en acides gras insaturés et en Oméga 3 et 6 fait de l’huile d’Argan bio un excellent protecteur cardio-vasculaire.

Les différentes huiles d’Argan.

On classe les huiles d’argan en quatre catégories :

  1. l’huile traditionnelle (amandons toastés voir grillés, ou crus, meulés, extraction à la main par pétrissage de la pâte avec de l’eau chaude). Ces huiles seraient interdites en Europe suite au problèmes d’hygiène et de conservation (inférieure à trois mois)

  2. l’huile de presse (amandons toastés ou crus, extraction à la presse)

  3. l’huile cosmétique industrielle (amandons crus, extraction par solvant : hexane)

  4. l’huile cosmétique désodorisée au charbon actif ou par la vapeur (valorisation d’huile de mauvaise qualité : type huile d’amandons transités par la chèvre).

Un facteur n’est pas assez pris en compte par la “Filière Argan” : la température d’extraction. En alimentaire comme en cosmétique, il est courant d’extraire l’huile à 120°c, jusqu’à 140°c avec les presses modernes. Personne ne se vante de cette pratique qui à la particularité de dégrader les principes actifs les plus intéressant de l’huile d’argan à savoir sa vitamine E et son taux d’acide gras insaturé (80%) entre autre. Idéalement, la température d’extraction est de 45°c en tête de meule pour pouvoir parler d’extraction à froid.

production de l'huile d'argan bio au Maroc

Du goût et de la couleur.

Au nez, l’huile d’argan bio d’amandons toastés doit avoir un parfum végétal, de fruit sec, type noisette toasté, et pas brûlé. En bouche, elle doit être parfumante, sans laisser d’impression de gras et d’assèchement du palais, caractérisant l’huile chauffée. Elle doit être fluide, sans lourdeur, sans acidité ou rancio.

Pour l’huile d’argan bio d’amandons crus, le nez peut varié de l’amande fraîche à la truffe… La variété d’affiache et le terroir influencent fortement les arômes de l’huile extraite en dessous de 45°. Au delà de cette température, le nez “s’écrase”. En bouche, on peut retrouver les même arômes. De même que pour la toastée, des goûts et des parfums musqués sont des défauts majeurs, typiques de l’huile faite avec des amandons fermentés ou avec un taux d’humidité élevé.

Au toucher, l’huile d’argan bio cosmétique de bonne qualité doit pénétrer totalement, sans laisser de film gras sur le bout des doigts. Si il reste un dépôt gras, il est proportionnel à la température qui dégrade les acides gras insaturés en saturés. Cependant, des huiles extraient par hexane (solvant chimique) ne présentent pas ces caractéristiques. L’extraction faite, le solvant est récupéré par ventilation, laissant une huile”épurée” qui est utilisée par les fabricants “haut de gamme” de l’industrie de la cosmétique… sans intérêt.

Les fausses coopératives d’huile d’Argan

Depuis le début de 2005, chaque village situé sur la route entre Marrakech-Essaouira et Essaouira-Agadir a vu s’ouvrir un magasin dit “Coopérative de Femmes”. A l’origine deux lieux de production (Tiznit et Tamanar) ont réellement un magasin lié à une “Coopératives de femmes”. Des commerçants spéculateurs se sont aperçus que les touristes en redemandaient sur le thème du commerce équitable, des coopératives de femmes, l’autonomie des femmes berbères, etc… Aidés par des guides, des bus entiers font escale chez ces opportunistes, et les touristes achètent de l’huile à l’amlou voir de l’artisanat. Quelques femmes cassent des fruits pour amuser la galerie, mais toutes se taisent sur la réalité de ce commerce. L’huile est faite dans les villages et pour la cosmétique elle peut être achetée chez un industriel.

A Essaouira comme à Agadir, de nombreux magasins spécialistes en huile d’argan se sont ouverts. Beaucoup se vantent de travailler directement avec des “Coopératives”. Les industriels tout comme les touristes (émerveillés) propagent de fausses informations au sujet des coopératives. Pour les marocains, une coopérative c’est un groupe de femmes qui travaillent ensemble, pas forcément au même endroit, sans avoir de statut. Pour un Européen, le mot coopérative évoque une structure solide qui s’auto-finance ou chaque salarié à son mot à dire. Dans la plus part des cas, il n’en est rien.

Autre détail folklorique bon à savoir, les chèvres sont le pire ennemi de l’arganeraie. Il y a bien une interdiction de les laisser monter sur les arganiers, car les chèvres sont en réalité de dangereux prédateurs pour les arganiers.
En mangeant les feuilles et futurs fruits
elles contribuent de manière importante à la désertification  de la campagne marocaine. Mais comme les touristes adorent voir les chèvres perchées dans les arbres, et que c’est un moyen de plus pour les inciter à acheter de l’artisanat, de l’huile d’argan, en général personne ne les empêche de monter.